Enter your keyword

post

Les Mains – La Main

Les Mains – La Main

Atelier MAINS-CORPS-DANSE – Ephtimia Dimitriou – Pour l’Atelier – Genève, colloque du 30 Mai 2105

 

Tiens, voilà main droite,

Tiens, voilà main gauche,

Tiens, voilà main droite, main gauche,

Tiens, voilà les deux !

La main, dotée du sens tactile, est la partie du corps que nous mobilisons habituellement pour découvrir et rencontrer le monde environnant. Elle permet d’accéder au contact, au toucher, à la prise. Elle fait équipe avec le sens de la vue et celui de l’ouï. 

La main est une des zones corporelles transitionnelles entre l’intérieur et l’extérieur du corps par laquelle l’énergie de vie transite. Elle est un relais pour communiquer.

C’est par la main que l’homme invite sa partenaire à venir danser avec lui sur la piste de danse. Et aussi, se tenir par la main relie les hommes entre eux. La ronde en est le symbole. Les danses folkloriques impliquent les groupes de danseurs dans ces prises de mains, qui se tiennent et se lâchent selon les ritournelles. 

Aussi, dans le langage courant, les mains sont largement citées pour symboliser le lien relationnel. Choisies parmi tant d’autres, les deux expressions suivantes, « Monsieur, je viens vous demander la main de votre fille » et « Ces deux-là avancent main dans la main », illustrent à merveille l’alliance, le partenariat et l’union pour avancer ensemble dans la vie.

Et, les expressions suivantes, « Il a pris mes mains dans les siennes », « Il lui a donné la main »,     « Il a mis sa main sur mon épaule », « Il a levé la main sur lui», font, quant à elles, référence à l’intention qui s’exprime dans la gestuelle des mains. Ici, les mains traduisent la qualité de l’échange relationnel.

Cependant, la gestualité des mains est aussi imprégnée des codes et modes sociaux, sociétaux et culturels.  La poignée de main pour se saluer, joindre les mains pour prier ou se recueillir, lever la main droite et dire ”je le jure”, haut les mains!…, sont des expressions qui signifient symboliquement différents gestes et postures connus de quasi tous, qui complètent, accompagnent ou remplacent la parole.

Dans la danse, ce sont les formes posturales des mains et du corps qui traduiront ces intentions sans les mimer. La forme symbolique recherchée qui correspondra le mieux à ce qui voudrait se montrer et se dire, impliquera le corps dans l’expression du flux émotionnel qui y est lié, et les mains dans l’expression de cette énergie. Les mudrâ, dans les danses traditionnelles hindous, répondent à cela. Les mudrâ ont par ailleurs la particularité d’harmoniser le corps et l’esprit de celui qui les pratique.

Pour autant, les mains ont aussi des mouvements très spontanés et naturels qui, dans la danse, cèdent le terrain aux bras. Alors que beaucoup d’individus bougent leurs mains en fonction de ce qu’ils disent verbalement et expriment émotionnellement, la voix et ses intonations colorant l’ensemble, dans la danse, leurs bras se substituent fréquemment à elles. Ainsi, lorsque l’individu se trouve dans la posture du danseur, le mouvement des bras prédomine l’expression des mains qui elles, traduisent plus particulièrement l’intime sous-jacent puisque la parole langagière est supprimée.

Les deux expressions suivantes, « Cette personne ne sait pas où mettre ses mains ! » et « Cette personne ne sait pas quoi faire de ses bras ! » nous le montrent.

La première fait plus référence à une personne dans la vie, la deuxième à une personne dans la danse. Pourtant, les deux évoquent un individu mal à l’aise, quelque peu gêné d’être là, qui ne sait ni quoi faire, ni comment se tenir. Cependant, nous évoquons tantôt les mains, tantôt les bras pour traduire un même état d’être.

Au niveau corporel, les mains sont les extrémités des bras qui se situent dans le prolongement de la ceinture scapulaire. Ces deux membres supérieurs sont des intermédiaires entre le cœur et les mains par lesquelles on peut faire, porter, donner, prendre, recevoir…

Les bras, dans leur déploiement jusqu’au bout des doigts, mettent-ils en évidence l’envergure relationnelle que l’individu est en mesure de développer envers les autres et le monde environnant ?

Les expressions suivantes, « J’ai été accueilli à bras ouverts ! » et « Prendre la vie à bras le corps! »,   nous en parlent.

La première évoque l’étreinte chaleureuse, cœur à cœur. La deuxième traduit un comportement et une manière de vivre activement sa vie. Dans la danse, cela serait visible par une ouverture et un engagement complet du corps dans l’espace.

Dans ces deux expressions et quel que soit le champ d’application, les mains participent à l’action de manière sous-tendue, dans le prolongement du cœur, le déploiement des bras et l’engagement du corps dans l’espace. La main ne peut être séparée de la globalité du corps. Elle accompagne le mouvement du danseur dans son ensemble. Elle a cependant la caractéristique de le finaliser et de lui donner sa tonalité. Ainsi, par elle, l’intention profonde du danseur est manifestée.

La main ainsi reliée au sentiment du cœur entraîne le mouvement du corps au-delà d’une limite expressive restreinte, permettant au danseur d’être en communion avec le monde.  Et lorsque le cœur s’exprime, le corps entier s’engage plus intensément dans la qualité de présence, dans le mouvement vivant, surtout quand il supplante la parole langagière.

Au final, je pourrais tout simplement dire que, dans la danse, c’est la main qui parle; le corps exprime l’émotion, la main pose les mots dessus!

Cependant, si nous n’avions que les mains pour danser, auraient-elles la capacité de synthétiser la danse du corps- cœur?  Dans l’affirmative, elles manifesteraient l’essence de l’être dans sa qualité la plus intime, le cœur sur la main.

Pourrait-on alors dire que la main permet à l’individu d’exprimer ce que son cœur ressent, de montrer les sentiments qui l’animent profondément?

A partir de cette réflexion, quel relais proposer au sujet en art-thérapie, afin qu’il transite de l’espace verbal à l’espace du mouvement corporel et dansé ? Comment l’impliquer pour l’amener à saisir ce lien subtil entre le cœur et la main et à le manifester? Comment la main est-elle une voie possible pour cheminer de la réalité à la fiction, d’une modalité à une autre, afin d’explorer l’intime ?

Et, si cela est valable pour la personne qui parle aisément, est-ce possible pour celle qui ne dit rien? 

Tiens, voilà main droite,

Tiens, voilà main gauche,

Tiens, voilà main droite, main gauche,

Tiens, voilà les deux !

Poster un Commentaire

  S’abonner  
Notifier de